Hier 26 septembre 2011, les Sénégalais, l’Afrique et le monde se souviennent d’un événement douloureux qui, il y a neuf ans, emportait 1863 personnes. Il s’agit du naufrage du Joola, ce navire qui reliait Ziguinchor (Casamance) à Dakar, la capitale sénégalaise, via la Gambie.
Comme cela dure depuis neuf ans donc, ce triste anniversaire a été essentiellement célébré par les proches des victimes avec le sentiment que toute perspective de justice au sujet de ce terrible accident, s’éloigne d’une année à une autre. Une situation d’impunité que certains pourraient justifier par une conception fataliste qui prévaut en Afrique, et dans laquelle, les autorités sénégalaises essaient de noyer leur absence de responsabilité. Un état de fait qui pourrait d’autant plus donner une image dévalorisante que le maigre espoir de justice pourrait ne venir que des poursuites enclenchées en France.
Il est évident qu’au Sénégal, les autorités ne manquent ni de courage, ni de culot. Il faut en effet tous ces deux éléments pour qu’après un accident ayant coûté la vie à 1863 personnes, il ne se trouve personne pour ne serait-ce que présenter ses excuses aux familles meurtries.
C’est pourtant ce qui est arrivé après le naufrage du Joola en 2002. L’enquête sénégalaise n’avait épinglé que le commandant de bord. Encore que ce dernier a été tué dans le naufrage. La presse, elle-même, semble de plus en plus ranger le drame dans les placards. Pourtant, parmi les causes de l’accident, la surcharge a été l’élément principal. Il faut dire que le Joola embarquait près de quatre fois sa charge normale. Mais toute honte bue, la justice sénégalaise avait conclu que seul le commandant de bord était responsable de cette situation.
En réalité, à y voir de près, on se rend bien compte qu’il s’agit d’une chaine de responsabilités qui remonte très haut sur l’échelle du pouvoir sénégalais. D’ailleurs, c’est ce que semblait vouloir dire l’émission, en 2008, de neuf mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de certains hauts responsables sénégalais. Parmi ceux sur lesquels pesaient notamment les soupçons, on avait Mme Mame Madior Boye, ex-Premier ministre, et Youba Sambou, ex-ministre des Forces armées.
Mais les autorités sénégalaises n'ont pas trouvé pas mieux que d’annuler les mandats concernant ces deux personnalités de premier ordre, un an après leur émission. Sur les sept autres restants, seul un est jusqu’ici arrêté.
Un silence et un désintérêt qui peuvent d’autant plus étonner que pour un nombre de victimes infiniment moindre dans le Stade du 28 septembre de Conakry, il y a deux ans, le monde entier ne cesse de s’émouvoir encore. Naturellement, le fait que les massacres du 28 septembre 2009 aient été froidement exécutés à dessein par des êtres conscients est une circonstance aggravante. Mais pour autant, la conception fataliste en ce qui concerne les accidents comme ceux du Joola, doit être combattue pour non seulement rompre avec l’impunité sur le continent, mais également pour promouvoir une culture de responsabilité au niveau de l’élite dirigeante.
C’est ainsi qu’on peut espérer réduire ce genre de drames dont nous faisons abusivement porter la responsabilité à Dieu.
On a beau voulu vanter les mérites et la grandeur du continent-berceau de l’humanité, on ne peut que se heurter à une évidence implacable, quand on réalise que pour avoir perdu des leurs dans le naufrage de Joola, des milliers de familles africaines, ne peuvent espérer la justice que de la France. Comme pour dire que le manque responsabilité est aussi une question de souveraineté.
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